La danse

La chorégraphe  (La danse) posté le vendredi 21 novembre 2008 05:47

Blog de lepaysalenvers :Le pays à l'envers, La chorégraphe

Léna Blou

Une femme qui a une foi impavide dans la force culturelle de son île Guadeloupe.  Son obsession est de révéler au monde les Savoirs ancestraux de la culture caribéenne. C’est aussi une artiste : chorégraphe, danseuse interprète, formatrice et chercheuse dans le sillon de la danse endogène guadeloupéenne et caribéenne. Directrice du Centre de Danse et D’Etudes Chorégraphiques et de la Cie Trilogie lénablou

Le Centre de Danse et D’Etudes Chorégraphiques lénablou (CDEC) a été fondé en 1990 qui dispense des cours de Techni’ka, Moderne, Contemporain, Jazz, Moderne, Technique africaine, Classique, Eveil et initiation à la danse pour les enfants

 

La techni’ka

La Techni’ka est un long processus de recherche personnelle étalé sur une dizaine d’année pour mettre en lumière et rendre lisible la science, la technicité et les chemins d’explorations dans une démarche contemporaine.

DEFINITION : « La Techni’ka est une danse basée essentiellement sur la mobilisation de la partie inférieure du corps, due à un transfert rapide de tous les appuis du pied :talon, orteil, plante du pied, bord externe et interne (dits kanté) et sur l’utilisation exacerbée des contretemps corporels et rythmiques. L’axe du danseur est en perpétuel rupture, dans un déséquilibre permanent (le bigidi), c’est une technique où la relation danseur-batteur est primordiale ». (Extrait du livre « TECHNI’KA » de lénablou)

La Techni’ka est la résonance directe de la danse Gwo-ka (danse traditionnelle de la Guadeloupe), c’est un lien indéfectible avec l’histoire esclavagiste et coloniale. Le Gwo-ka est une réponse à cette histoire qui a morcelé les corps en les déracinant de leur terre d’origine et la  techni’ka en est la résilience. Elle représente une véritable praxis mémorielle. Ce nouvel art corporel, représente en fait, une nouvelle perspective dynamique d’une tradition réinventée, forme de transmission contemporaine d’une culture endogène  qui conduit à une forme de fortification, de stigmatisation et de clairvoyance d’un processus temporel éparse et qui indubitablement laisse des empreintes corporelles. Cette mémoire cellulaire conditionne la construction d’une civilisation caribéenne en émergence.

Le Centre de Danse et D’Etudes Chorégraphiques est un véritable vivier qui reçoit des élèves de tous horizons voulant s’initier ou se perfectionner à l’art de la danse. Au fil du temps, on constate un réel engouement vers la Techni’ka ceci dès le plus jeune âge. Cette nouvelle génération entretient un lien particulier avec leurs danses traditionnelles, tout en conscience celui d’hériter d’un savoir précieux qui s’extirpe d’un espace commun : la Guadeloupe

De part le monde, les garçons accédant à la danse relèvent toujours d’un nombre restreint. L’absence du sexe masculin au sein du CDEC ne résume pas que c’est une expression qui touche particulièrement les femmes, bien au contraire. L’explication est simple, l’art de danser est un phénomène inhérent à la société antillaise singulièrement dans les danses traditionnelles  où les hommes sont très présents, mais le concept d’accéder à une école académique pour apprendre à danser est une philosophie contraire à la relation sociologique, anthropologique et philosophique qu’entretient la population avec l’art de la danse.

 

Le devoir de mémoire

Lorsque le projet de Sylvaine Dampierre m’a été conté, cela représentait un nouvel outil de transmission, de décryptage pour apprendre à nous accepter, à nous reconnaître, à nous aimer donc à nous assumer. Cette histoire extrêmement personnelle de Sylvaine devenait une parole commune. Sylvaine Dampierre a su avec subtilité, sérénité et une pincée d’amour nous exhorter à saisir notre histoire, en nous appuyant sur notre mémoire pour révéler au monde notre contemporanéité. Est-ce que le devoir de mémoire passe par l’expression corporelle ? Oui, car le corps est un réceptacle, comme si par une alchimie cellulaire le corps s’imprégnait, stigmatisait et à l’insu de la psyché, du corps pensant le corps physique inventait, tricotait, résiliait les douleurs et balisait l’avenir. Lorsque l’on observe la danse Gwo-ka elle traduit à la fois le désordre psychologique, c’est une gestique chaotique, désordonnée en apparence mais qui révèle un hymne à la vie, une force d’adaptation incroyable que je nomme le concept du bigidi . L’expression corporelle est un indicateur signalétique pour comprendre la structuration de la société créole et caribéenne dans ses fondements premiers avec une lisibilité contemporaine et scientifique au-delà de l’approche mémorielle, elle vient conforter le travail des intellectuels en occurrence les historiens qui nous permettent de saisir l’émergence de cette civilisation caribéenne. En dépit de l’impact de l’esclavage sur ces populations, le corps nous convie à décrypter une saisie anthropologique et c’est  un espoir fabuleux pour ces territoires en devenir.

 

L’écriture chorégraphique

La transversalité de l’écriture chorégraphique et l’écriture cinématographique que procure le film de Sylvaine Dampierre est une véritable synergique dynamique pour ces deux arts, car tous deux viennent d’un territoire, d’une culture, d’une histoire encore méconnue. Le film de Sylvaine favorise l’éducation artistique primaire à la danse pour le non converti et ouvre avec parcimonie une fenêtre sur une danse issue de la matrice traditionnelle Gwo-ka. Elle engrange inévitablement un rai de lumière sur le Centre de Danse et D’Etudes Chorégraphiques lénablou qui sera dorénavant identifié comme une école de danse classique, certes, mais surtout un espace de réflexion, de recherche, un lieu vivant où les jeunes héritent d’un savoir endogène pétri de technicité, d’une philosophie qui leur permettra de s’enraciner et d’être en harmonie dans ce qu’ils sont pour aller à la rencontre de l’autre.

 

Le « nous-mêmes »

Ce film construit avec beaucoup de douceur est un fléchage nouveau dans l’appréhension du « NOUS-MÊMES ». Sylvaine Dampierre nous invite à nous emparer de cette mémoire enfouie qui une fois déterrée nous donne des réponses qui estompent légèrement la « schizophrénie » qui nous habite.

Le travail inaudible des étudiants auguré par Sylvaine, car vécu par le corps, fut un rapport à la danse nouveau par le biais de cet œil distancié qu’est la caméra. Ce projet filmique a en quelque sorte titillé la prise de conscience, de la nécessité de porter leur regard avec une conscience plus aigue que leur histoire, leur patrimoine, leur repère est à chaque coin de rue, chaque pierre, chaque histoire, chaque personnage et qu’il suffit de l’accepter pour que le pays, la culture se dimensionne autrement. Le film de Sylvaine à insufflé cette donne essentielle aux élèves et ce  pour tous ceux qui découvre ce film pour la première fois.

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